Bonnie and Clyde ou la naissance du Nouvel Hollywood

Bonnie and Clyde ou la naissance du Nouvel Hollywood

Le 4 août 1967 a eu lieu la première mondiale de Bonnie and Clyde d’Arthur Penn, en ouverture du Festival international du film de Montréal (à ne pas confondre avec le Festival des films du monde). Qu’en avait alors pensé le public québécois réuni à l’Expo Théâtre, situé en plein cœur des installations de l’Expo 67? A-t-il été choqué comme l’a été une bonne partie de la critique américaine quelques semaines plus tard? S’est-il fermé les yeux devant sa « violence macabre » (Bosley Crowther, New York Times)? Et comment a-t-il réagi face à ses nombreuses allusions au sexe, à sa vulgarité, à sa désinvolture généralisée?

 

 

Malgré les premières réticences d’une critique prise de court (précisons que Pauline Kael et Roger Ebert, qui débutent alors leur carrière, l’ont défendu), le film parviendra, après une deuxième sortie en salle, à devenir l’un des plus gros succès du box-office américain de 1967, à frapper l’imaginaire collectif et à marquer d’une pierre blanche la naissance de ce qu’on appellera le Nouvel Hollywood.

Comment définir le Nouvel Hollywood? Disons qu’il s’agit d’un mouvement cinématographique, au sens le plus large du terme, qui a réuni de jeunes réalisateurs voulant s’affranchir des carcans imposés par les grands studios américains. L’indépendance, la liberté et la transgression des tabous ont été autant de visées de ces nouveaux venus qui prendront rapidement et contre toute attente le contrôle d’Hollywood. Mais comment Scorsese, Coppola, Friedkin et Altman, pour nommer que ceux-là, ont-ils pu séduire le public et changer à jamais l’histoire du cinéma?

Une industrie dépassée

À partir des années 30, les films sortant des grands studios américains sont soumis au code Hays, régulant tout élément susceptible d’entacher la moralité des spectateurs. Sont proscrites, entre autres, l’indécence, la glorification du crime et la banalisation du meurtre. Ce système archaïque et limitant est remplacé en 1968 par une grille de classement similaire à celle mise en application jusqu’à tout récemment par la Régie du cinéma au Québec, distinguant les films pour tout public de ceux nécessitant l’accompagnement d’un adulte, etc. Ce relâchement a ouvert le champ à la production de films où le sexe et la violence pouvaient être représentés plus crûment.

En plus de cette censure qui s’est étirée trop longtemps, les majors peinent dans les années 60 à rejoindre les jeunes, qui ne se reconnaîssent pas dans les comédies musicales (Paint your Wagon, 1969) et les films historiques (Cleopatra, 1963) à grand déploiement, produits dans le but de contrer la popularité grandissante de la télévision.

Marquée par l’assassinat de John F. Kennedy et la guerre du Vietnam, la génération grimpante fuit le prestige et les bons sentiments produits par la machine à rêves hollywoodienne. Sans compter que de nombreux grands cinéastes du Golden Age (de l’arrivée du parlant aux années 60) ont à cette époque pris leur retraite ou sont décédés, c’est tout le système qui est en crise.

L’influence de l’Europe

Parallèlement à cet essoufflement, le cinéma d’auteur européen prend d’assaut les cinéclubs, les cafés et les campus un peu partout au pays. Dreyer, Ozu, Rossellini, Bergman, Bresson et la Nouvelle vague française (avec en tête Truffaut et Godard) instillent chez plusieurs la goût d’un cinéma intime, spirituel, à la fois plus réaliste et décomplexé. Parmi ceux-ci, les scénaristes David Newman et Robert Benton, qui travaillent sur une adaptation du parcours tragique de Bonnie Parker et Clyde Barrow. Influencés par des films comme À bout de souffle, Tirez sur le pianiste et Jules & Jim, ils iront même jusqu’à approcher Truffaut et Godard, afin qu’ils réalisent le film. Truffaut préfèrera se concentrer sur son adaptation de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, tandis que Godard fera la fine bouche. Malgré tout, les démarches de Newman et Benton ne seront pas vaines : c’est Truffaut qui suggèrera à Warren Beatty de jeter un œil au scénario des deux comparses.

 

 

Aujourd’hui, l’influence de Bonnie and Clyde est toujours visible dans des films aussi éclectiques que Badlands de Terrence Malick et Natural Born Killers d’Oliver Stone. Arthur Penn réalisera par la suite, entre autres, Little Big Man, mettant en vedette Dustin Hoffman. Newman et Benton scénariseront, ensemble ou séparément, quelques adaptations de la bande dessinée Superman. Warren Beatty et Faye Dunaway auront de magnifiques carrières, remportant chacun un Oscar (Beatty pour la réalisation de Reds et Dunaway pour son rôle dans Network de Sidney Lumet). Autant pour eux que pour les historiens et cinéphiles, Bonnie and Clyde fait date, annonçant une décennie faste où les héros seront charismatiques et troubles, l’humour côtoiera la morbidité de la mort et le réalisateur sera roi.


Bonnie and Clyde d’Arthur Penn a été présenté par Antitube dans le cadre de la 7e édition du Festival de cinéma de la ville de Québec le dimanche 17 septembre 2017 à la Salle d’Youville du Palais Montcalm.

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