L’année dernière à Marienbad – Une serrure sans clé

L’année dernière à Marienbad – Une serrure sans clé

Rares sont les films qui ont aussi obstinément poussé le spectateur dans ses derniers retranchements, le forçant à constamment reconsidérer la véracité de ce qui lui est proposé. D’aucuns diront qu’il s’agit du premier film postmoderne, d’un jalon incontournable dans l’histoire du cinéma mondial. Quelques films annoncent le choc, pensons entre autres à Hiroshima mon amour (1959), du même réalisateur, et à L’avventura d’Antonioni (1960) et, mais L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais demeure aujourd’hui l’ultime film d’auteur inclassable, un objet aux mille facettes qui continue à parts égales de fasciner… et d’énerver. Austère, indéchiffrable, prétentieux : malgré sa réputation d’œuvre difficile, cet ovni à la beauté ensorcelante résonne toujours avec la même force, signe de ses qualités indéniables.

Scénarisé par le romancier Alain Robbe-Grillet (Les gommes), Marienbad s’inscrit en extension avec ce que proposait le nouveau roman dans les années 50, « mouvement » dont Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute ont été les principaux porte-étendards. Au programme : un dynamitage des conventions du roman traditionnel et un rejet des concepts de réalisme et de naturalisme, développés et exemplifiés au XIXe siècle par les grands romans de Gustave Flaubert et d’Émile Zola. Exit l’exposition exhaustive de la psychologie des personnages, de l’intrigue et du décor. Cette quête inlassable du vrai est délaissée, le réel est louche, il faut s’y méfier.

Un art de l’inconstance

Au cinéma, ce même désir de s’affranchir des conventions établies passe d’abord par un questionnement de la linéarité narrative et de la fixité du décor. Au tout début de Marienbad, en voix off sur les cartons du générique, est répété, telle une litanie, un descriptif de cet hôtel qui sera le théâtre d’une « intrigue » où sont engagés une femme, A (Delphine Seyrig), et un homme, X (Giorgio Albertazzi). Avant même de le voir, le spectateur doit s’imaginer ce décor à partir des bribes qui lui sont susurrées. L’hôtel, constitué de luxuriantes pièces et d’interminables corridors, est d’emblée une construction mentale, appelée à se modifier selon chaque souvenir évoqué à la femme par l’homme.

S’il y a frustration au visionnement de L’année dernière à Marienbad, c’est que tant Resnais que Robbe-Grillet refusent de répondre définitivement aux questions qu’ils soulèvent. Le film est moins un casse-tête à résoudre qu’une tentative d’aborder le thème de la mémoire de façon impressionniste (cette question était déjà abordée dans le film précédent de Resnais, Hiroshima mon amour). Dans un entretien paru dans le numéro de septembre 1961 des Cahiers du cinéma, Resnais précise ses intentions :

« Nous voulions mettre en jeu un autre mécanisme que celui du spectacle traditionnel, une espèce de contemplation, de méditation, d’allées et venues autour d’un sujet. Nous voulions nous trouver un peu comme devant une sculpture qu’on regarde sous tel angle, puis sous tel autre, dont on s’éloigne, dont on se rapproche. »

Cette approche influencera un nombre important de cinéastes, parmi lesquels Stanley Kubrick. D’ailleurs, l’Hôtel Overlook dans The Shining, tout comme celui de Marienbad, se reconfigure constamment à mesure que Jack Torrance sombre dans la folie. Ce n’est donc pas un hasard si le film de Kubrick fait également partie de notre cycle Espaces psychiques!

L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais sera présenté par Antitube dans le cadre du cycle Espaces psychiques le mercredi 25 octobre 2017 à l’auditorium Roland-Arpin du Musée de la civilisation.

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