Le questionnaire Antitube – Marc Antoine Lemire

Le questionnaire Antitube – Marc Antoine Lemire

Avec son court métrage Pre-Drink, qui a remporté le prix du Meilleur court métrage canadien au Festival international du film de Toronto en 2017, le jeune cinéaste Marc-Antoine Lemire a rapidement fait son entrée dans la cour des grands. Racontant l’amitié teintée de désir qui unit une jeune femme trans et son ami homosexuel, le film, d’une sensibilité jamais dénuée d’humour, fait partie de nos belles découvertes des dernières années. Nous étions impatients de connaître ses réponses à notre questionnaire!

Ton premier souvenir de cinéma?

C’est quand même drôle, parce que le cinéma est arrivé assez tard dans ma vie. Je devais avoir 15-16 ans quand j’ai découvert qu’il existait autre chose que des films avec des explosions, des courses de chars, ou des comédies grasses américaines. Ado, je me souviens même m’être déjà dit que « j’aimais pas vraiment les films »! Dans mon Saint-Eustache profond, ça va sembler très cliché, mais c’est par le réalisateur Tim Burton, qui faisait (autrefois…) habilement le pont entre le cinéma commercial et d’auteur, que je me suis ouvert à ce médium là. En zappant par hasard à la télé, je me souviens être tombé sur la scène où Peggy découvre pour la première fois le jardin dans Edward Scissordhands. Les bosquets en forme de dinosaures… Ça m’avait complètement fasciné, et surtout fait comprendre l’importance d’une vision de cinéaste derrière l’oeuvre cinématographique. Suite à cette découverte là, je me suis enligné Beetlejuice, Sleepy Hollow, Ed Wood et Big Fish dans le même week-end. Pas besoin de vous dire qu’à l’époque, j’ai capoté! Big Fish m’a notamment fait réaliser l’importance, voire la nécessité, de raconter des histoires. Des premiers souvenirs de cinéma grâce à TVA, suivi d’un Superclub Vidéotron : moins glamour et romantique qu’une belle salle sombre partagée avec de purs inconnus devant le grand écran, mais bon!

Big Fish (Tim Burton, 2003)

Une actrice ou un acteur avec qui tu aimerais travailler?

Ouf, il y en a tellement! Le développement de personnages et le travail avec les acteurs et les actrices est de loin ce que je préfère. Le bottin d’interprètes québécois m’attire d’ailleurs particulièrement, parce que j’aime développer des rapports familiers avec mes collègues : échanger sans égo, prendre mon temps, recevoir des appels au milieu de la nuit pour discuter personnages, s’il le faut…!

Je veux un peu déstabiliser le public avec mon casting. Pour le moment, j’aime beaucoup mettre en scène des nouveaux visages, encore inconnus du grand public. Sinon j’adorerais travailler avec des interprètes connus dont j’admire la sensibilité et l’intelligence, en essayant d’explorer des rôles différents. Évelyne Brochu, Sophie Cadieux, Marc-André Grondin, François Papineau… Pour ne nommer que ceux-là. Patrice Bélanger, acteur de formation surtout connu pour son travail d’animation, m’attire aussi énormément. Je rêve de travailler avec lui et de le revoir dans un rôle dramatique.

Je vais aussi avoir l’air de copier la réponse de Pascal Plante (sorry, hehe), mais je partage comme lui aussi l’envie de confier à des artistes musicaux que j’admire, des personnages créés sur mesure pour eux/elles! Safia Nolin, Fanny Bloom, Jason Bajada et Lydia Képinski, genre. Je les aime ben trop.

Un classique du cinéma que tu aimerais refaire?

Ouch, pas facile! Au risque de dire une aberration, je me lance…

Ça ne serait certainement pas dans un soucis de faire mieux, ni même de vraiment refaire l’originale… Mais peut-être qu’un concept ou une histoire comme Punishment Park de Peter Watkins mériterait sa version 2019-ère-Donald-Trump? Même si l’original me semble encore extrêmement d’actualité et pertinent (ok, c’est un peu gros, mais bon, ça l’était à l’époque aussi!), je ne serais pas contre de le faire découvrir ou redécouvrir au monde entier, avec une facture plus moderne. En le contextualisant plus concrètement dans l’époque dans laquelle on se trouve, avec la technologie, la mondialisation et la politique actuelle, on se rendrait probablement même compte qu’au fond, certains enjeux n’ont pas tant évolué depuis 1971. Une petite claque dans la face à tous les 50 ans, ça se pourrait tu?

(Au fait, est-ce que Punishment Park est considéré comme un classique?)

Punishment Park (Peter Watkins, 1971)

Nomme :

a. Un documentaire

Stories We Tell de Sarah Polley! Ça m’a totalement réconcilié avec le concept de têtes parlantes. Un film qui réussi à construire une histoire avec une intrigue complexe et des revirements de situations, à travers de simples témoignages et images d’archives.

b. Un film québécois

Impossible d’en nommer seulement un… Nuit #1 d’Anne Émond, J’ai tué ma mère de Xavier Dolan, À l’Ouest de Pluton de Myriam Verreault et Henry Bernadet… J’adore les premiers films, et ceux des cinéastes de ma « génération » me touchent particulièrement. C’est souvent plein de petites imperfections et de maladresses, mais il y a dans ceux-ci un genre de cri du coeur, un désir d’audace et une envie de s’exprimer tellement forte…! Je m’y retrouve. Ça m’émeut profondément. Aussi: Les Manèges Humains de Martin Laroche. Ce film est incroyable!

c. Un film que tu veux voir ou revoir sur grand écran

Blow Up d’Antonioni ça serait pas pire pentoute! Et très concept avec l’intrigue-même du récit, tant qu’à y être! Il y a longtemps que je n’ai pas vu ce film, et j’en garde des souvenirs plutôt flous, mais j’aimerais le revoir pour sa mise en scène et ses cadrages spectaculaires qui m’avaient vraiment marqué. Je n’ai malheureusement jamais eu la chance de voir ce film sur grand écran, et je rêve d’un jour pouvoir le visionner sur une belle copie film qui rendrait hommage aux magnifiques éclairages et aux couleurs saturées (ils ont quand même pas peint le gazon en vert pour rien!).

d. Un film que tu aimerais faire découvrir au public

Un Capitalisme Sentimental d’Olivier Asselin. C’est pas vrai qu’au Québec on fait juste des films d’auteur mornes!

 

Un capitalisme sentimental (Olivier Asselin, 2008)

Sinon, je m’avancerais sur le cinéma d’animation, pour faire comprendre au public que ce n’est PAS NÉCESSAIREMENT pour les enfants! Plusieurs de mes films préférés en sont d’animation et traitent de sujet vraiment lourds: Mary & Max d’Adam Elliot ou Anomalisa de Duke Johnson et Charlie Kaufman, par exemple.

Ah pis Panique au Village d’Aubier et Patar, mais ça… C’est parce que j’ai hésité à le nommer à la question suivante!

e. Un plaisir coupable

The Blair Witch Project. Non, mais quel exercice de hors-champs extraordinaire! Un film qui a compris que la tension d’un récit se trouve dans ce qu’on ne nomme pas et dans ce qu’on ne voit pas à l’écran. Pas juste avec la fameuse sorcière Blair, mais aussi dans tous les rapports tendus qui évoluent entre les personnages qu’on suit. Bien que cette idée polarise, c’est pour moi un film qui ne prend pas le spectateur pour un con, parce qu’il fait 100% confiance à son imagination. Quelle audace!

Je peux pas m’empêcher aussi de nommer la trilogie des Before de Richard Linklater : Before Sunset, Before Sunrise, Before Midnight. Encore une autre preuve de l’efficacité de garder ça simple, quand c’est fait de manière intelligente et sensible!

(Dans mes plaisirs coupables, j’oserais nommer aussi Mean Girls, mais pour des raisons tout à fait différentes!)

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